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LE GRAND BARNUM POLITIQUE : quelles conséquences ?

Cette campagne présidentielle est la pire que la Vème République ait connu. L’on peut comprendre dans ces conditions la tentation croissante d’un certain nombre de Français de se réfugier, en avril prochain, dans l’abstention ou de remettre leur sort entre les mains de Marine Le Pen.
Plusieurs enseignements peuvent être tirés d’ores et déjà de la campagne en cours.
 1er enseignement. Les primaires sont une calamité. Exacerbant les « ego », elles ne génèrent aucune légitimité particulière du gagnant. Vainqueur de la primaire de la gauche, Benoît Hamon est aussitôt contesté par ses anciens adversaires, assez ouvertement, de surcroît. Emanation de la gauche radicale du PS, il ne recueille pas en effet l’adhésion de la gauche social-démocrate – sauf à amender fortement son programme, lui dit-on, ce qu’il refuse. A droite, les choses ne sont guère différentes. Alain Juppé, le second de la primaire de la droite et du centre, malgré sa dignité dans le comportement, n’a jamais réellement accepté la victoire de François Fillon. Pas davantage les sarkozystes. Ici les ennuis judiciaires du vainqueur servent, depuis un mois, de prétexte aux vaincus pour contester, indirectement, le verdict des urnes. Les manœuvres actuelles des dirigeants des Républicains, visant à l’élimination du vainqueur pour « immoralité », en sont l’éclatante démonstration.
Toujours les « egos » qui se veulent « égaux ». En d’autres termes, les primaires divisent au lieu de rassembler. Elles contribuent à créer des courants forts : sarkozistes, jupéistes, fillonistes à droite ; hamonistes et vallsistes à gauche. Car le programme de l’un n’est pas le programme de l’autre. Le vainqueur, qu’il s’appelle Fillon ou Hamon, défend son propre programme, qui n’est pas celui de son parti (quand il en a un !), encore moins celui de ses concurrents malheureux. Tout était plus simple quand le candidat « naturel » de son camp, soit le président sortant, soit celui investi par le parti sur la base d’un projet collectif, obtenait « naturellement », par cette légitimité reconnue ou acquise », le soutien de tous ceux de son camp.
2ème enseignement. Les divisions de la gauche et de la droite favorisent les candidats non-partisans (Macron) ou jugés tels (Marine Le Pen). Elles amplifient leur audience, devrais-je dire. Car le succès de l’un (Macron) et la forte audience de l’autre (Le Pen) tiennent à leurs atouts et attraits respectifs. Emmanuel Macron, outre qu’il symbolise la jeunesse –une vertu dans nos sociétés modernes, sauf dans la classe politique où elle est singulièrement maltraitée, incarne le dépassement du clivage droite-gauche, que je souligne, pour ma part, depuis des années et des années, considérant en effet que notre monde se redessine autour de deux grands pôles : les conservateurs et les progressistes (idée que reprend aujourd’hui à son compte M. Macron et je l’en remercie).
Mais le dépassement (en cours) du vieux clivage partisan n’est pas son effacement. Benoît Hamon, à gauche, et François Fillon, à droite (quoiqu’il en dise) restent des prototypes, même modernisés, de ce schéma post-1789. Ces politiciens, qui sont des apparatchiks, ont beau se moquer du « ni-droite-ni gauche » de M. Macron, qu’ils assimilent à un « nulle part », ils se trompent énormément. Emmanuel Macron n’est pas « nulle part », il est « ailleurs », pour reprendre le mot ancien de Michel Jobert, un « ailleurs » très ouvert, qui n’est pas l’« ailleurs » fermé à la seule gauche d’un Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr, dans notre système politique qui favorise la bipolarisation (aux primaires comme à l’élection présidentielle, on ne retient pour le 2ème tour que les deux candidats arrivés en tête – je plaide quant à moi depuis longtemps pour qu’on retienne les 3 premiers), l’élargissement est une opération délicate surtout quand journalistes et « vieux » politiques de concert n’ont de  cesse de vouloir estampiller les mesures des candidats. Il faut à leurs yeux qu’une idée, une proposition, soit de gauche ou de droite (pour la clarté, disent-ils). Quand l’une ou l’autre échappe à cet « enfermement catégoriel » (mourir dans la dignité, lutter contre le terrorisme, défendre la cause animale, échappent pourtant bien à tout clivage), médias et « vieux » politiques, indignés, s’offusquent bruyamment.
S’agissant de Marine Le Pen, l’on a, enfin, compris qu’user à son égard de la dénonciation morale ou brandir quelque peur : raciste, fasciste… pour la tenir en lisière, ne servait à rien. Mais, force est de reconnaître que notre classe politique et médiatique n’a pas trouvé de véritable argument alternatif.
On comprend aujourd’hui, aussi, mieux (enfin !), que Marine Le Pen peut gagner la prochaine élection présidentielle. On a longtemps dit que c’était impossible ; on invoquait encore, il y a peu, le fameux « plafond de verre ». Constatant qu’à chaque élection le FN ne parvenait pas à gravir la dernière marche, celle de la victoire, l’on se disait, au besoin en dégainant le non moins fameux « Front républicain », que ce parti n’arriverait pas de sitôt au pouvoir. Changement radical de ton aujourd’hui. En ce qui me concerne je n’ai pas attendu la victoire de M. Trump aux Etats-Unis ou la montée des populismes en Europe, pour me convaincre que Mme Le Pen pouvait gagner l’élection de 2017. La colère, l’exaspération et la désespérance mêlées d’un nombre croissant de Français, sont telles que le passage d’un 26-27 % de voix (au 1er tour) à un 50 % plus une voix, est très, très possible. Si j’étais audacieux, je dirais « probable » (fut-ce par le plus petit score). J’en resterai ici à l’hypothèse d’une « haute », voire « très haute » possibilité. Mais, depuis quelque temps, la vie politique est si accélérée qu’en vérité tous les scénarios demeurent possibles.
 3ème enseignement. La déconfiture des partis traditionnels, en particulier des deux plus « grands » (c’est relatif aujourd’hui) : le PS et LR. Au PS, les deux gauches irréconciliables dont parlait naguère M. Valls, radicale et social-démocrate, incarnées la première par Benoît Hamon, la seconde par ledit Manuel Valls, semblent effectivement l’être et nous conduire à un éclatement du parti à terme. Aucune synthèse ne paraît possible entre deux conceptions de la gauche, d’égale importance désormais au sein du PS. Chez les Républicains, les déboires actuels de François Fillon, le retrait politique apparent d’Alain Juppé, le rôle incertain et moins déterminant de Nicolas Sarkozy, la montée des « jeunes quadras », hommes et femmes : NKM, Valérie Pécresse, François Baroin, Bruno Lemaire et quelques autres, très déterminés à se faire entendre, ne sont pas de nature à nous faire conclure autrement qu’à une explosion, là aussi, à terme, du parti de M. Sarkozy.
On dira en conclusion que, si une « recomposition politique » est souhaitée de tous côtés, l’on omet de dire qu’elle ne se réalisera pas avant une désagrégation complète des vieux partis traditionnels. C’est là précisément la fragilité d’un mouvement comme « En Marche ». Même affaiblis, tant que les partis subsistent, au demeurant avec un système électoral qui favorise la bipolarisation, le fonctionnement politique actuel peut survivre encore quelque temps (certains risquent de s’en apercevoir, à leurs dépens, au moment de la désignation des candidats aux législatives).
Bon, c’est sûr, on est en plein barnum politique – la beauté du spectacle en moins.
M.Fize

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